Imaginez votre mécanicien qui vous dit : changer mes pneus à la maison est tellement plus agréable qu’au travail.
Ridicule ? Farfelu ?
Pourtant, c’est ce que j’ai trop souvent croisé dans ma carrière.
Des développeurs qui ont de meilleurs ordinateurs à la maison qu’au travail.
Devant des devs qui sortent trois ou quatre mille balles pour des ordinateurs personnels différents de ceux qu’ils ont au travail, la question ne devrait peut-être pas se limiter à : « pourquoi dépense-t-il autant pour ses outils ? »
Elle pourrait aussi être accompagnée de : « pourquoi notre entreprise n’investit-elle pas autant ? », ou « Que savent-ils sur le matériel que nous ne savons pas ? », ou « À côté de quoi passons-nous ? »
Inversement, avant de proposer une nouvelle solution (machine, VM, VDI, etc.), vous pourriez demander à vos futurs utilisateurs de l’essayer avant de vous commettre.
Demander à vos équipiers s’ils choisiraient de se payer quelque chose avec des performances similaires pour leur utilisation personnelle.
La réponse risque de vous surprendre… Ou pas.
Imaginez un entrepreneur général qui force ses employés à utiliser ces outils manuels et proscrit les perceuses électriques sur son chantier. Ridicule ? Farfelu ?
On peut déjà anticiper la frustration des gens sur le chantier!
Pas étonnant alors de croiser autant de gens au travail qui militent pour l’accès à de meilleurs outils… de travail. Avant-hier, c’était le nouvel IDE. Hier, des outils de CI/CD. Aujourd’hui, l’accès à des assistants IA. Demain ? Qui sait ?
On exige ensuite des « business cases » en rafale pour justifier l’achat de licences. Les « coûts de délais » ? Rarement considérés.
Une discussion étalée sur trois à six mois pour faire approuver un outil à 30 $ / mois pour un développeur payé dans les six chiffres.
On mesure le coût de l’outil. Tout à fait raisonnable. On valide les risques. Sage.
Mais on oublie trop souvent de mesurer le coût des discussions et des gains perdus ou retardés en retardant l’approbation.
Et que dire de l’inertie et de la friction qui découragent. Comment chiffre-t-on les opportunités manquées, simplement parce que les gens n’ont plus l’énergie de les proposer ?
Et si l’efficacité, le plaisir au travail, l’ouverture aux nouvelles idées étaient non seulement supportés, mais valorisés et protégés. Ridicule ? Farfelu ?
Parlant de ridicule. Imaginez-vous un instant cette scène.
Karl Marx ressuscite spontanément et vous sort prendre un verre. Vous commencez à lui raconter votre histoire d’outils.
Es-tu en train de me dire que vous vous efforcez de convaincre vos employeurs de vous fournir de meilleurs outils ?
Oui…Et qu’ils seraient ainsi capables d’extraire plus de capital de votre labeur ?
Effectivement…Et… ils refusent ?
Oui…Vous persistez à vous en épuiser… ? Et ils refusent toujours ?
Oui…
Marx se barre sans régler l’addition et retourne dans sa tombe.
Qui a dit que le ridicule ne tuait pas ?
